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L’âge de platine du rap new-yorkais

Raphaël Da Cruz

Les charts sont-ils démocratiques ?

Eric Weisbard

Nouvelles mathématiques du goût

Robin James

Mods d’Avignon

Cyrille Martinez

Du drone à DJ Screw : ralentir !

Matthieu Saladin

L’âge de platine du rap new-yorkais
Raphaël Da Cruz

Depuis plus de dix ans, Atlanta domine avec plus ou moins d’insolence la géopolitique du rap américain, par ses artistes comme par ses beatmakers. Les puristes du son new-yorkais vintage, le fameux boom-bap, sont nombreux à se plaindre de ce bouleversement, qui aurait sali leur musique de prédilection. Seulement, ces mêmes puristes ont parfois tendance à oublier – voire à ignorer – qu’avant l’avènement de la capitale géorgienne, New York avait déjà rompu avec l’esthétique “organique” et riche en samples développée dans les années 1990 par ses légendes, telles que Pete Rock ou DJ Premier. Swizz Beatz avec les Ruff Ryders, Irv Gotti avec Ja Rule, mais aussi Rockwilder, EZ Elpee, ou les plus célèbres, quoique non-New-Yorkais Neptunes et Just Blaze : ce sont de ces prodiges des studios, adeptes de couleurs synthétiques et de cadences saccadées dont il est question dans cet article.

Les charts sont-ils démocratiques ?
Eric Weisbard
Vous savez peut-être que le Top 40 américain n’est pas tout à fait l’équivalent de feu le Top 50 français. Il s’agit à la fois d’un classement, ou plutôt de plusieurs classements, et d’un “format” qui définit la programmation des stations de radio généralistes aux États-Unis. Le critique musical et chercheur Eric Weisbard y a consacré tout un ouvrage, Top 40 Democracy, édité en 2014 chez University of Chicago Press, dont le présent texte est l’introduction. Son approche du sujet est originale en ce qu’elle interroge l’habituelle opposition entre le format, considéré comme une case servant la marchandisation de la musique, et le genre, perçu lui comme un vecteur d’identité collective pourvu d’un ensemble de valeurs. Weisbard estime qu’en réunissant différents styles et différentes communautés, le principe du Top 40 et du “formatage” œuvrent en faveur d’une démocratie culturelle. Parce qu’ils évoluent hors des chapelles, les formats travailleraient un spectre bien plus large que les genres, ils ignoreraient leur volonté de faire autorité, et désamorceraient les certitudes de leurs défenseurs. Contre la revendication d’authenticité des “rockistes”, ils cultivent une idée plus libre de ce que les tubes et la pop ont à offrir à la société. Bien sûr, il ne s’agit pas pour autant de tomber dans un snobisme inversé consistant à remplacer la finesse du goût par l’arbitraire du marché. Mais il reste néanmoins crucial d’examiner comment un procédé dit commercial peut faire émerger de nouveaux publics, et avec lui de nouvelles façons d’écouter.
Nouvelles mathématiques du goût
Robin James
Robin James est une philosophe américaine dont le travail gagne à être compris au regard d’un livre troublant, à savoir Bruits de Jacques Attali. Là où avec son ouvrage, le fringuant conseiller des princes avait trouvé dans la théorie cybernétique de l’harmonie et du bruit une métaphore pour éclairer l’histoire de la musique et de l’économie – et inciter au passage le Parti Socialiste à embrasser la destruction créatrice – James prend au sérieux l’idée selon laquelle des théories mathématiques, et en particulier celles qui concernent les répartitions de l’uniformité et de la différence dans les statistiques, ont une influence transversale entre le domaine de la musique et la politique économique, ou s’avèrent en tout cas un moyen de comprendre ce qui s’y joue. Ainsi pour James, les explosions sous contrôle des drops de la musique EDM reflètent la normalisation des résultats dans les modèles de probabilités, qui définit elle-même la réduction sécuritaire des comportements déviants dans les sociétés néolibérales ; et la « remixabilité » des tubes de Lil Nas X ou Billy Eilish est à comprendre en lien avec l’importance croissante des ressources capables d’indexer un profit futur dans le domaine financier. Et le terrain où ces relations entre modes de calculs et formes esthétiques prend tout son sens est sans doute celui des systèmes de recommandations, dans la mesure où ceux-ci ont justement pour fonction de rendre calculables et prévisibles nos relations à la musique – pour mieux les orienter.
Mods d’Avignon
Cyrille Martinez
Audimat n’avait jusqu’ici publié qu’une seule fiction : “Les Rouleaux de Bois” de Tristan Garcia, dans notre numéro 1. Six ans plus tard, voici une deuxième nouvelle, cette fois signée d’un garçon, Cyrille Martinez, dont nous avions beaucoup aimé Le poète insupportable et autres anecdotes aux éditions Questions Théoriques/Forbidden Beach. L’ouvrage rassemblait comme son nom l’indique toute une série d’anecdotes relatives à son quotidien de poète contemporain, activité que Martinez pratique en marge de son travail de bibliothécaire dans une université. Nous avions pu noter qu’il avait, par ailleurs, publié un livre sur un groupe de rock fictif, Musique rapide et lente chez Buchet-Chastel, et appris que Cyrille était un ancien membre de la petite mais très active scène mods d’Avignon dans les années 1980. Il a donc accepté de nous parler de son expérience passée au sein de cette frange provençale de la fameuse subculture britannique sous la forme d’un récit qu’on dira romancé : une fois de plus, une nouvelle histoire oubliée ressurgit dans les pages d’Audimat, mais cette fois-ci c’est un de ses acteurs qui la raconte – ce qui la rend peut-être encore plus parallèle et irréelle que toutes celles que l’on pourrait inventer.
Du drone à DJ Screw : ralentir !
Matthieu Saladin
Qui n’a jamais joué avec le bouton 33/45 d’une platine vinyle, ou pour les plus jeunes, ne s’est jamais amusé à ralentir ou accélérer la lecture d’un fichier audio ? S’il semble en partie infantile chez les auditeurs, ce geste se montre tout aussi fréquent chez les artistes. Car la vitesse et son altération par la technologie forment un enjeu constant de l’histoire de la musique de ces six ou sept dernières décennies. De John Cage à Sgt Pepper en passant par “French Kiss” de Lil Louis, les figures du ralentissement et de la décélération ont transformé notre façon d’appréhender la musique, pour révéler la maniabilité de sa matière et interroger son autorité. Dans cet article, Matthieu Saladin, artiste et maître de conférences – qui nous avait déjà parlé de la problématique définition des musiques expérimentales dans le numéro 7 d’Audimat – va plus loin encore. En abordant la pratique du ralentissement à travers un corpus qui court de LaMonte Young à DJ Screw, en passant par Neu! et Harry Pussy, ils montrent comment une variété de « précipités de lenteur » forme autant de techniques de résistance sonore et sensorielle en réaction à l’accélération qui affecte nos rythmes de vie comme notre destin collectif.
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